Des choses à vous dire (avec le mot Genre dedans!)

Malgré les cris et les odeurs d’égouts, je m’étais promis de ne jamais m’exprimer ici sur autre chose que mon travail. Mais puisqu’il s’agit bien de mon travail d’auteur jeunesse, j’ai des choses à vous dire :

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« Belle éveillée au berceau, face à l’obscurantisme »
© François Bourgeon / Talents Hauts 2011

 

Il n’existe pas de littérature neutre et innocente, dédiée au rêve, en face d’une autre, engagée, qui serait une propagande déguisée.

Ce ne sont pas ceux qui se penchent sur les différences entre les sexes qui cherchent à les nier.

Ce ne sont pas ceux qui espèrent plus d’égalité qui font preuve d’intolérance.

Ce ne sont pas eux, qui cherchent à imposer des normes, à contrôler les mœurs. Donner le droit à un garçon de jouer avec des filles ou à une fille de ne pas rêver de princesses, ce n’est pas forcer tous les autres à les imiter.

Les auteurs qui œuvrent pour plus d’égalité entre filles et garçons ne sont pas ceux qui font entrer la pornographie ou la pédophilie dans les lectures ou l’éducation des enfants. Au contraire. Ce sont ceux qui les séparent en deux groupes distincts, et leur imposent les codes de séduction des adultes, qui les sexualisent. Ce qui est scandaleux.

Chacun est libre de lire Martine, de vouloir épouser le prince, de jouer au super-héros. Mais qu’on n’empêche pas les autres, minorités infinies, d’avoir une place dans notre imaginaire et nos cours de récréations. Qu’on cesse de leur faire comprendre qu’ils n’ont pas droit de cité, que leurs histoires ne nous font pas rêver.

Ce ne sont pas les antisexistes qui sont responsables des violences dans le couple, du harcèlement, des viols, des crimes homophobes, des suicides adolescents ou des inégalités économiques et sociales entre hommes et femmes. Comme si les antiracistes étaient tenus responsables des crimes racistes, simplement parce qu’ils se seraient mal exprimés, qu’ils n’auraient pas été assez clairs, prudents ou pondérés pour faire passer leurs idées, qu’ils n’auraient pas respecté la peur de ceux qui tiennent à rester racistes parce que ce racisme les rassure, leur offre des repères.

La lutte pour l’égalité ne tue pas, ne veut blesser personne, elle.

Et que ceux à qui cette lutte ne semble pas prioritaire nous laissent nous en préoccuper.

Car ce ne devrait pas être à nous de nous justifier.