Mon « Best »

Comme me le disait l’une de mes éditrices, « C’est bien d’avoir un Best ! ».

Le mien, depuis quatre ans, c’est Ma réputation, le seul de mes livres dont les ventes soient aussi constantes, et même en hausse (parenthèse professionnelle et comptable, les estimations de ventes GFK, sur lesquelles les éditeurs – et certains auteurs – font parfois une fixette, ne prennent pas en compte les ventes en CDI et bibliothèques qui peuvent être très importantes pour certains livres, dont celui-ci!).

Traduit en coréen et étudié en cours de français par les lycéens allemands, il vient de remporter deux nouveaux prix : le PRIX LITTÉRAIRE MARGUERITE-BAHUET 2017 et le PRIX LITTÉRAIRE JEUNES CALADOIS – SLAM TA LECTURE 2017. J’ai rencontré près de 4.000 élèves autour de ce seul roman. Et je ne m’en lasse pas, car il touche souvent fortement ses lecteurs adolescents.

Quelque chose m’échappe avec ce livre, quelque chose que j’ai dû y mettre et qui leur appartient, à eux plus encore qu’à moi, et que les lecteurs ou prescripteurs adultes ne saisissent pas forcément. C’est donc qu’il s’agit bien prioritairement d’un roman pour ados, et non d’un roman pour adultes amateurs d’histoires adolescentes.

Il m’a aussi changé, moi, à force de rencontrer ses jeunes lecteurs. Abandonnant peu à peu armure et petits trucs d’animateur rôdé, je viens vers eux confiant, curieux de la place qu’ils m’offrent, même dans le débat, et touché à mon tour quand ils me parlent d’eux.

Car c’est là l’un des secrets de ce livre (et je m’adresse à vous, ado-lecteurs qui lirez peut-être ces lignes) : on vous le présente comme un roman sur le harcèlement, mais vous et moi savons qu’il parle également de bien d’autres choses. Et ce sont aussi toutes ces autres choses qui vous préoccupent lorsque nous nous rencontrons. Une fois libérés des listes de questions sur le thème imposé, vous me parlez de mille autres sujets, et nous cessons de ne parler que de moi, ce qui est un vrai soulagement ! Certains de nos échanges me donnent beaucoup d’espoir dans notre humanité, justement. Je pense en ce moment à des élèves de Goussainville, Vitré, Vendenheim, Nantes, Tignieu, Saint Junien ou Melle, mais il y en a tant d’autres !

Merci pour les likes, les lettres, les emails, les slams, les dessins, les vidéos, les textes de fins alternatives, mais aussi les tables sorties dans le jardin pour me faire prendre le soleil, les crêpes « maison » à emporter dans mon train, les exemplaires de mes livres volés au CDI et, surtout, les regards et les non-dits. Vous le savez, je n’avais pas envisagé d’être là. N’avoir rien prémédité n’en rend l’aventure que plus belle. Un livre peut effectivement changer une vie. La mienne l’a été durablement par celui-ci (et quelques autres).

Ne coupez pas les violons, je n’ai pas fini! Puisque je ne l’ai encore jamais fait ici, je vais remercier l’éditeur de ce livre, François Martin, chez Actes Sud Junior. Il m’a donc offert mon « best » actuel (et l’un des siens), en étant le premier, il y a cinq ans, à me faire confiance pour un roman ado, moi qui n’avais publié que pour les plus jeunes, et dont tous les éditeurs ne prenaient pas forcément la peine de lire les manuscrits. Merci, François, d’accompagner ce livre avec constance et sur la durée. Tous les éditeurs ne prennent pas cette peine non plus. Merci aussi à Fanny Gauvain pour son travail éditorial tout en patience et en délicatesse (je peux être très… pointilleux), et merci à Cathy Chamarty et Caroline de Salaberry qui ont toujours répondu présentes quand j’en ai eu besoin, perdu aux quatre coins du pays et même (surtout) un peu plus loin.

Ce roman – avec sa formidable couverture –  est ma carte de visite, mon sésame, ma baguette magique, dans bien des occasions. Il entraîne dans son sillage son petit frère Oublier Camille, chouchou de certains (et le mien).

Je savoure d’avance les années qu’il me reste à vivre de cette belle aventure, avec un roman qui a construit une partie de MA réputation d’auteur pour la jeunesse.